Cet été je me suis consacrée à la lecture minutieuse du premier livre d’Eddie Stern One Simple Thing. Ce livre m’a tenue compagnie pendant un mois et demi et maintenant que je l’ai terminé, j’ai envie de le relire tellement il est clairvoyant, riche d’enseignements et bien articulé. Du coup, je me suis dite qu’il fallait vous en parler brièvement ici. On me demande souvent des conseils sur la littérature yogique tout public et j’oriente toujours vers le même livre : Le Yoga comme art de soi de Philippe Fillot (Actes Sud). Ce livre s’ajoutera donc à ma courte liste de suggestions ! Seul hic de One Simple Thing : le livre est en anglais et -pour l’instant- il n’existe pas de traduction française.

D’abord une petite introduction sur l’auteur. Qui es Eddie Stern ?
Eddie Stern est professeur de yoga, auteur et maître de conférences. Il vit à New York (où il a aussi son studio) et il est mondialement connu pour son expertise dans le Ashtanga Yoga, pour ses recherches dans ce domaine et pour ses projets novateurs dans le monde de l’éducation. Il pratique, étudie et transmet le yoga depuis 1987. Récemment il a créé The Breathing App, une application gratuite, intuitive et minimaliste, qui permet de se familiariser avec la respiration grâce à un petit ballon qui se gonfle et se dégonfle à une vitesse programmée.

Une seule chose. Un nouveau regard sur le yoga et la manière dont il peut transformer votre vie.
Ce livre s’adresse à tous ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance du yoga avec un approche tant yogique que scientifique. Comment fonctionne le yoga ? Comment cette pratique peut modifier et équilibrer le fonctionnement de notre système nerveux, du système endocrinien ou du système digestif ? C’est quoi vraiment le yoga, au delà de la bien connue pratique posturale ? Eddie Stern répond magistralement à toutes ces questions en prenant en compte les textes sacrés de la tradition (Les Yoga Sutras de Patanjali, nombreuses Upanishad, le Hathayogapradipika ,pour ceux qui sont familiers avec les textes yogiques), ainsi que de nombreuses publications scientifiques contemporaines.

Je ne vais pas vous faire un résumé du livre ici, car vous pouvez vous en faire une idée en lisant l’index (cf. photo ci-dessus) ou en feuilletant le livre si vous en avez l’occasion. J’aimerais plutôt parler d’un des messages profonds de ce livre : le yoga n’est pas réductible à la simple pratique posturale. Les postures, en sanskrit asana, représentent une partie complète et complexe de cette discipline, mais en aucun cas le yoga peut être réduit à l’exécution d’une série de postures. De plus, il faut vraiment prendre du recul par rapport à la commercialisation occidentale de cette pratique, qui à force n’a fait que dénaturer cette tradition. Je cite Eddie Stern :

Yoga, in essence, is a way for us to check how we are living. The commercial yoga industry has tried – successfully – to sell us yoga as a lifestyle, complete with products to complement it. Rather than a lifestyle – which is no more than another trapping, another outfit, another projected image – we want the style or way of our life to be more conscious. (…) We want a lifestyle check, not a new false identity.

A la base, le yoga est une manière pour observer comment nous vivons. L’industrie du yoga a essayé – avec succès – de nous vendre le yoga comme un mode de vie, avec toute la panoplie de produits qui va avec. Plutôt qu’un mode de vie – qui n’est qu’un nouveau piège, un nouveau déguisement, une nouvelle projection – nous voulons que notre mode de vie soit plus consciente. (…) On ne cherche pas une nouvelle identité factice, mais un chemin pour pouvoir réaligner notre façon de vivre.

Eddie Stern, One Simple Thing, p.123

Selon les Yoga Sutra de Patanjali (un des textes fondamentaux sur la pratique du yoga), la pratique posturale (les asana) représente une des 8 étapes du yoga. Je les résume ici :

Yama
= la conduite envers les autres.
On travaille autour de notre relation avec le monde extérieur.
Niyama
= la conduite envers soi-même, aussi dite discipline personnelle, d’ordre physique et mental. Ici on travaille autour de notre relation avec nous-même.
Asana
= la pratique posturale.
Pranayama
= le contrôle du souffle, dans votre pratique personnelle et/ou collective.
Pratyahara
= la discipline des sens. C’est à dire travailler les sens sans s’attacher aux sensations. Aussi dit « retournement des sens vers l’intérieur », un peu comme une tortue.
Dharana
= la concentration, un premier niveau de méditation.
Dhyana
= la méditation.
Samadhi
= la réalisation du Soi, l’état de félicité.

Quand on pratique le yoga, on pratique tout ça. On essaie, tous les jours. En déroulante le tapis, bien sûr, mais aussi une fois le tapis rangé. Ça ne fait pas des pratiquants des êtres toujours habillés à la mode, souriantes et physiquement dans le standard des pub de leggings. Pratiquer le yoga demande dévotion, temps, amour, patience. Pratiquer le yoga demande de cultiver son propre jardin intérieur au quotidien avec tous les êtres qui y habitent : fleurs, arbres majestueux, oiseaux aux plumages époustouflants… mais aussi mauvaises herbes, pollution, tempêtes inattendues. C’est un travail quotidien et minutieux, qui passe par des moments magnifiques mais aussi des périodes sombres et difficiles. En somme, tout sauf acheter un pair de leggings et se mettre en équilibre sur le petit orteil.

Depuis que j’étudie le Hatha Yoga dans toutes ses facettes (physiologiques, anatomiques, cérébrales, spirituelles…), je ressens profondément le besoin de redéfinir le vocabulaire autour de cette pratique, de remettre cette discipline en perspective, de réecrire le récit autour du Yoga dans notre société occidentale. Tous les magazines qu’on peut trouver sur le yoga, tous les sites, tout ce qui est créé autour du yoga souvent (je dirais 80% des cas) me provoque un sens de frustration, d’inaptitude, comme s’il y avait quelque chose qui coince. C’est quoi qui coince ?! Je me demande. Et la réponse est que c’est l’image qui a été créé du yoga, le « produit » yoga, les « codes » yoga. Exemples banales : si tu fais du yoga, tu ne bois pas de café. Si tu fais du yoga, ton corps est fin et mince. Si tu fais du yoga, tu es en paix avec tout le monde. Si tu fais du yoga, tu sais faire des postures acrobatiques. Ce sont que des projections, projections, projections. Dans lesquelles le mental se noie, dissipe plein d’énergies, perd en vitalité. Mais tout est là pour une raison, et cela m’a permis de travailler sur moi, sur ma pratique et sur mon travail personnel (enfin, tout est en cours et finalement c’est le boulot d’une vie qui ne finira jamais !).

Pour moi, avec ce livre, Eddie Stern contribue intelligemment, consciemment, lumineusement à écrire ce nouveau récit autour du yoga, à donner le juste poids au mots utilisés, à recontextualiser cette discipline et démontrer, par des appuis scientifiques, les bénéfices qu’on peut en avoir au niveau physiologique et émotionnel.

Pour aller plus loin dans la découverte de ce livre :

Le site d’Eddie Stern
Practice.You : Podcast avec Elena Brower
Coursera : Engineering Health: Introduction to Yoga and Physiology
Université de New York, Tandon School of Engineering

Merci d’avoir lu jusqu’au bout. Que cet article puisse vous nourrir et instiguer votre curiosité.

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